Ils se congratulent, montent dans les tribunes saluer leur famille et surtout partager leur moment d'histoire. Pour glaner leur première qualification en demi-finale d'une Coupe du monde, les Argentins ont beaucoup souffert contre l'Ecosse (19-13), dimanche au Stade de France. Si les sourires effacent provisoirement les stigmates de la fatigue, l'énergie commence à manquer du côté des Pumas. Tous les joueurs le reconnaissent à commencer par le petit général, Agustin Pichot : « On était très fatigués. On a senti avant le match qu'on était plus faibles physiquement. J'ai donc commencé à réfléchir à la stratégie de l'équipe, j'ai parlé avec Marcelo (Loffreda). L'Ecosse a bien débuté, elle connaît très bien notre système de jeu, chaque fois qu'on tapait, les Ecossais étaient bien placés, le jeu au pied était compliqué. On a joué avec le coeur et l'orgueil. Comme je l'ai dit à de nombreuses reprises lors de cette Coupe du monde, on n'est pas exceptionnels techniquement, mais on laisse tout sur le terrain. »
Et ce coeur sera bien utile face au prochain adversaire, l'Afrique du Sud, car l'essence commence à manquer dans le moteur d'une équipe qui ne possède pas un banc aussi fourni que bien d'autres grandes nations du rugby. Juste après l'exploit, Felipe Contepomi pense d'ailleurs déjà à la récupération : « Nous avons dépensé énormément d'énergie contre l'Ecosse, il nous faut récupérer physiquement après ces 80 minutes. » Et son coéquipier Patricio Albacete tient le même discours : « Notre rêve, c'est la finale. Ce sera dur de récupérer. » Mais les Pumas ont de la ressource et un médecin a disposition comme pilier, Rodrigo Roncero pour remonter le moral des troupes : « Maintenant on commence à construire notre stratégie pour battre l'Afrique du Sud. On aura tout le temps de se reposer après la Coupe du monde. »
Cette fatigue trouve son origine, bien sûr dans l'accumulation des matches avec de grosses confrontations en poule contre la France et l'Irlande mais aussi dans la tension nerveuse, générée par un nouveau statut de favori avant la rencontre contre l'Ecosse. Et Mario Lesdema ne se voile pas la face et ne cache pas son soulagement : « Nous avons été nerveux toute la semaine. Nous avons senti davantage de pression que celle que nous ressentirons contre l'Afrique du Sud. C'est la première fois que nous étions favoris d'un match. » Beaucoup plus à l'aise dans la position d'outsiders, les Argentins ont vécu une semaine difficile, ce que concède le héros du jour, Gonzalo Longo, auteur du seul essai des Pumas : « Cette semaine, j'ai eu peur. Maintenant, je suis apaisé. Nous sommes en train d'écrire l'histoire et nous verrons ce qui va arriver. » Mais les hommes de Marcelo Loffreda savent toujours dans quelle direction aller à l'image de leur capitaine qui ne perd pas le nord quand on lui demande s'il se sent plutôt hémisphère nord ou sud : « Chez nous, c'est l'hémisphère nord. On fait notre carrière professionnelle dans les clubs en France ou en Angleterre. On passe dix mois dans l'hémisphère nord. » Et pour remettre ses hommes sur de bons rails, le demi de mêlée n'a qu'une voix et parle à l'unisson : « Nous voulons écrire l'histoire, en jouant bien ou mal, mais toujours avec le coeur. » |