Après les huit premiers matches de la Coupe du monde, notre consultant Laurent Bénézech dresse un premier bilan, et revient notamment sur les bonnes performances des nations du Sud, ou encore sur la belle résistance des petites équipes comme la Namibie ou le Portugal. Il se félicite aussi de la fête qui règne autour de cet évènement.
«Laurent Bénézech, après ce premier week-end de compétition, quel est pour vous le fait marquant de la Coupe du monde ?
Le fait marquant pour moi, c'est la fête du rugby. C'est vrai qu'on pouvait être un peu inquiets vendredi soir après le fiasco de l'équipe de France. Mais le fait que les stades soient pleins, que l'ambiance soit exceptionnelle, au Parc des Princes notamment, montre que le rugby a un attrait formidable, que la compétition attire les supporters du monde entier, mais aussi les Français de toute sorte. Et ça, c'est un énorme soulagement. Cette envie de faire la fête autour de l'événement reste le point le plus important du week-end.
Les premiers résultats ont montré que les trois grandes nations du Sud (Australie, Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande) étaient déjà en pleine forme. Vous avez été impressionné ?
C'est difficile de tirer des enseignements après une seule journée, surtout avec des oppositions de niveaux différents. C'est sûr que les trois nations du Sud sont en forme, mais c'est logique, parce que le Tri Nations n'est pas si loin derrière eux. Et puis les trois ont commencé avec leur équipe type, ils voulaient de suite prendre le tempo de la compétition. En face, leurs adversaires étaient soit vaillants mais limités, soit avec du potentiel mais sans trop d'envie, comme l'Italie. Donc ils sont là, mais rien de neuf sous le soleil, on verra lorsqu'ils vont monter en puissance pour les quarts de finale.
En revanche, les pays des VI Nations n'ont pas franchement brillé, même quand ils ont gagné. Qu'en pensez-vous ?
C'est vrai qu'il y a eu quelques démarrages poussifs qui peuvent laisser planer le doute pour la suite. Sans parler de la France, on pense bien sûr à l'Irlande et à l'Ecosse. Maintenant les premiers tests vont arriver le week-end prochain, avec notamment Angleterre-Afrique du Sud, qui sera une vraie confrontation Nord-Sud. Et là, on en saura un peu plus : même si aujourd'hui il semble qu'il y ait une grosse différence entre ces deux équipes, je pense que le match sera très équilibré.
La bonne nouvelle semble venir des petites nations, comme le Portugal ou la Namibie, que l'on annonçait à la traîne, et qui se sont bien battues. Elles vous ont étonné ?
Sur la longueur d'une telle compétition, il y a bien sûr de gros écarts entre les équipes. Maintenant sur un match, le petit sait se transcender et le gros joue avec le frein à main, et donc les écarts sont beaucoup moins marqués. La Coupe du monde est la fête du rugby, elle doit être la fête de tous les rugby. Je crois que le format actuel à 20 équipes est bon parce que c'est la seule compétition internationale, et il permet la promotion du rugby un peu partout. L'équipe du Portugal, dans les six derniers mois, a plus fait pour le rugby dans son pays que vingt ans de politique de l'IRB. Il y a toujours un risque pour ces joueurs amateurs de rencontrer des grosses équipes comme la Nouvelle-Zélande. Mais il n'en reste pas moins que, tant qu'il n'y aura rien d'autre pour le développement du rugby au niveau mondial, il est important d'avoir des petites nations qui ne peuvent que progresser que dans ce cadre-là. Le Canada est un bon exemple.
Y a-t-il un joueur qui vous a marqué dans ces huit premières rencontres ?
J'ai envie d'en citer deux. D'un côté Brian Habana, qui sur son premier essai sort non seulement l'Afrique du Sud d'une mauvaise passe, mais aussi parce qu'il joue très intelligemment, il ne se contente pas d'être une paire de jambes. Il a une bonne lecture du jeu et fait exactement ce qu'il faut faire. L'autre joueur que je retiendrais, c'est le troisième ligne portugais Vasco Uva, qui symbolise vraiment cette esprit portugais, cette vaillance. Dès les premières minutes, on les a vu très limités techniquement, mais quel coeur, quel courage. Ils ont réussi à perturber les Portugais et ils sortent la tête très haute de ce premier match.» |