La chronique
Par Jonah Lomu, ancien ailier des All Blacks
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En exclusivité dans Rugby Hebdo durant toute la Coupe du monde
Vendredi, je quitte la Nouvelle-Zélande. Direction la France pour sept semaines de plaisir : vivre la Coupe du monde la plus équilibrée de l'histoire dans l'un des plus beaux pays du monde où je me sens comme chez moi.
Alors que l'événement approche, beaucoup de souvenirs me reviennent. Les plus beaux remontent à la Coupe du monde 1995. Bien sûr, cette compétition a bouleversé mon existence. Mais à l'époque je n'ai pas réalisé. J'étais protégé de tout par les joueurs, les entraîneurs et l'encadrement. Ce n'est qu'après que je me suis rendu compte que ma vie ne serait plus jamais comme avant. Bien sûr, avec les All Blacks, nous avons perdu en finale. Mais je n'en ai gardé aucune amertume. Ce jour-là, j'ai vu l'Afrique du Sud rassemblée comme un seul homme derrière son équipe nationale. Malgré les stigmates de l'Apartheid, malgré l'élection encore toute chaude de Nelson Mandela, j'ai vu des millions de gens se passionner pour un groupe de joueurs, se retrouver sous un drapeau, devenir une nation tout au long de la Coupe du monde. Cela m'a beaucoup touché que le rugby puisse avoir une telle influence politique, qu'il soit un tel moteur pour ce pays en pleine réconciliation. Quand j'y repense, je me dis que, ce jour-là j'ai été le témoin de quelque chose de bien plus grand que le fait de remporter une Coupe du monde. Et c'était bon de vivre ça.
À côté, la Coupe du monde 1999 fut, comment dire ? Différente... Pas du tout la même sensation qu'en 1995. Il y avait des matches au pays de Galles mais aussi partout au Royaume-Uni et il fallait chercher longtemps dans les journaux pour trouver trace de l'événement. Même à la télévision, on n'a ressenti aucun engouement avant les demi-finales et la dernière semaine au pays de Galles.
La leçon de 1999 fut sportive. Les deux équipes en finale, la France et l'Australie, méritaient d'y être. Ce qui arriva en demi-finales à Twickenham symbolise ce qu'est une Coupe du monde. La Coupe du monde, c'est la Coupe du monde. Rien à voir avec tout le reste. Peu importe ce qui s'est passé avant. Peu importe que vous soyez favori, deuxième ou cinquième sur la liste des candidats au titre. Il n'y a pas plus grand danger que d'imaginer qu'on va remporter un match juste parce qu'on est supposé le faire ! Une fois les quarts de finale atteints, tout le monde peut battre tout le monde sur un match. Et chaque match a son histoire.
En revanche, il faut être très fort collectivement pour être à la hauteur de chacune des histoires. Aucun pays n'est devenu champion du monde par hasard ou par accident...
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