Les deux piliers historiques du Stade Français ont connu des destins croisés en 24 heures. Si le pauvre Sylvain Marconnet a été contraint de déclarer forfait pour la Coupe du monde, Pieter De Villiers fait lui son retour dans le groupe France après une blessure au mollet. Le Sud-africain devrait même être titulaire dimanche à Cardiff. En retrait depuis le début de la préparation des Bleus, il se réjouit de retrouver enfin le terrain, et attend avec impatience le début de la compétition. Il revient aussi avec émotion sur le départ de son compère parisien.
«Pieter de Villiers, vous retrouvez enfin le terrain après de longs mois sans jouer. Vous êtes soulagé de revenir ?
Je suis très content. On a passé une bonne période de prépration, très intense et très dure, et maintenant j'ai envie de retrouver le terrain pour finir cette préparation. L'important, c'est de jouer, retrouver le rythme des matches.
Vous avez eu peur après cette douleur au mollet ?
Oui, ça fait toujours peur, surtout que j'ai déjà eu une blessure au mollet il n'y a pas longtemps. Et puis j'ai déjà raté une Coupe du monde à cause d'une blessure (NDLR: en 2003, De Villiers s'était blessé à l'épaule après une chute de vélo pendant la préparation), donc c'est vrai que c'est angoissant. Mais aujourd'hui ça va, je suis dans le protocole de reprise, il n'y a pas de gêne. Je ne ressens plus rien au niveau du mollet.
Qu'avez-vous pensé de ces deux rencontres contre l'Angleterre ?
J'ai trouvé les matches très intenses pour des matches de reprise. J'ai vu aussi des joueurs très forts physiquement, des contacts rudes, une grosse bagarre pour le ballon au niveau des points de rencontre, avec un soutien assez rapide. Tout ça me faire dire que ça promet pour la Coupe du monde, parce que tout le monde est vraiment très bien préparé. Maintenant on en est au début, il y a des automatismes à travailler, des choses à améliorer, évidemment. Mais ces deux matches ont été positifs pour l'équipe de France : les joueurs ont montré une envie d'être bons, de faire avancer l'équipe, d'être intraitables collectivement. Et c'est une bonne base pour nous.
Comment abordez vous ce retour à la compétition, avec la Coupe du monde en ligne de mire ?
Avec beaucoup de plaisir. J'ai envie de retrouver le terrain, de sentir l'ambiance qui y règne. Les deux victoires contre l'Angleterre permettent de travailler sereinement, d'avoir une bonne ambiance dans le groupe. Même si le résultat n'était pas forcément important, la manière était importante et ça nous a aidé. Ce troisième match sera aussi important, et j'ai envie d'y participer. J'ai envie de retrouver les automatismes de match. Cette Coupe du monde sera la dernière pour moi, donc j'ai envie d'être bien, de tout donner à cette équipe.
Vous ne craignez pas de manquer de rythme ?
On verra. On fera le bilan après le match. J'ai passé beaucoup de temps à me préparer physiquement. Je pense que la préparation physique a retrouvé une dimension très forte, plus efficace qu'il y a quelques années. Et ça va m'aider pour reprendre. Après rien ne remplace un match, c'est sûr, et ça risque d'être assez intense. Un match de reprise, c'est toujours particulier : on sent les premiers contacts, et on se dit « ah oui, j'avais oublié ». Mais ça revient vite, croyez moi.
Comment vivez vous la concurrence qui règne au sein du XV de France, avec cette prime donnée au groupe ?
J'ai vraiment l'impression qu'on a tous compris dans l'équipe que la concurrence est une très bonne chose. On a vraiment compris qu'on a besoin de trente joueurs pour gagner cette Coupe du monde, et puis on vit une concurrence saine. Quand on regarde les deux premiers matches amicaux, on constate qu'à chaque fois que des remplaçants entrent, ça fait une différence, ils apportent de la fraîcheur, ils ont envie de prouver qu'ils méritent d'attaquer le prochain match. Pour moi, ce qui est important, c'est que je sois bien préparé, en ayant tout donné. Il faut être disponible pour l'équipe, mais si je suis à cent pour cent des mes moyens, je crois que c'est possible d'ête titulaire. Il faut toujours mériter sa place, c'est la loi du sport.
Quelle est votre réaction après le forfait de votre copain Sylvain Marconnet ?
C'est un coup très dur pour Sylvain, mais aussi pour l'équipe de France. On a vécu tout ça avec lui, on a vu que ce n'était pas toujours facile, qu'il donnait tout ce qu'il avait pour jouer la Coupe du monde. Malheureusement il ne la fera pas, c'est la dure et cruelle loi du sport. La blessure, c'est le plus grand cauchemar pour un sportif de haut niveau. Là ça lui fait rater une Coupe du Monde, en France en plus, c'est une immense déception. Mais Sylvain est un grand champion, et je sais qu'il reviendra plus fort pour reprendre sa place sur le terrain.
Quand avez-vous compris que les délais seraient trop justes pour lui ?
On a toujours su que ça allait être une bataille, c'était clair pour tout le monde dès le début, rien n'a été caché. C'est un travail très difficile, et puis dans une reprise, il y a des hauts et des bas, un jour on se sent bien, un autre non. L'important, c'est de faire avec ces difficultés, et Sylvain n'a jamais lâché le morceau, il y a toujours cru. Il se levait tôt, il travaillait, il se donnait tous les moyens possibles pour participer à cette Coupe du monde. Il a été très fort. On a choisi d'être ensemble dans la chambre, parce qu'on partage depuis toujours nos chambres, et il y a des moments durs. Mais il y a parfois des problèmes dans les phases de reprise, et il n'y a rien à faire. Il faut se dire que la vie est comme ça, et passer à autre chose. Je perds gros sur le plan amical.» |