Si on avait dit à Cédric Heymans qu'il serait titulaire à l'arrière lors du match d'ouverture contre l'Argentine, il ne l'aurait sans doute pas cru. Le Toulousain se battait plutôt pour une place à l'aile. Mais sa polyvalence lui a bien rendu service. Convaincant avec le numéro quinze contre les Gallois, il souffle in extremis la place à son pote Clément Poitrenaud. Surpris mais heureux, il se prépare donc à entamer la Coupe du monde dans la peau d'un titulaire, et peu importe le poste.
«Cédric Heymans, vous êtes donc titularisé contre l'Argentine. Quelle est votre première réaction ?
Heureux, je suis très heureux. On l'a appris ce matin. Je ne m'attendais pas à jouer à l'arrière. mais toutes les occasions sont bonnes pour jouer : ailier, arrière, centre... L'annonce était étrange, srutout qu'ils ont commencé par le numéro un. C'était long ! J'ai écouté les ailiers, et je me suis dit: «ah, tu n'y es pas». Puis j'ai écouté sans écouter, je ne peux pas vous dire s'ils ont annoncé le 10, ou les centres, j'étais ailleurs.
Comment vous avez réagi à l'annonce de votre nom ?
Je n'y croyais pas trop. Dans ma tête, je me suis dit : «tu t'es peut-être donné une chance supplémentaire d'être dans les 22 après le match à Cardiff. Et si t'as eu la chance de perturber les sélectionneurs dans leurs choix, que ce soit à l'aile ou à l'arrière, et bien t'auras réussi ta préparation». J'en étais là dans ma démarche. Je me concentre sur mon objectif, sur le match que je dois réaliser. Tout va tellement vite vous savez. J'en suis la preuve : un match titulaire, et je joue contre l'Argentine. Mais si je rate mon match...Titulaire d'un jour n'est pas titulaire toujours. Ce qui est intéressant, c'est le groupe.
Vous êtes donc titularisé à l'arrière à la place de Clément Poitrenaud. Vous avez discuté avec lui ?
Non, j'ai trop de respect pour Clemént, et je me vois mal aller lui expliquer quoi que ce soit, ou lui montrer quelque gêne. Je suis heureux, et aussi triste pour lui, mais j'ai trop vécu cette situation pour savoir qu'elle est compliquée dans les deux cas, pour celui qui joue comme pour l'autre. Je me tiens comme d'habitude dans mon coin, et je n'en ferai pas plus. On espère tous jouer, et il y a forcément des désillusions. C'est comme ça. Après il ne faut pas être gêné non plus d'être titulaire. Il faut être naturel. Il y a 22 noms, quinze qui démarrent mais ça tournera. Nous, les 22 qui avons été désignés, on a la responsabilité de bien lancer la Coupe du monde.
Vous étiez souvent placé à l'arrière durant les entraînements. Vous n'avez pas senti le coup venir ?
Ah les fameuses chasubles, oui j'en ai entendu parler...Les bonnes, les mauvaises chasubles, est-ce que ça donne une piste ? Je m'en foutais royalement. Moi j'étais heureux de m'entraîner à l'arrière, je ne me souciais pas de savoir si j'allais jouer ou pas jouer. Je ne vois pas plus loin.
Vous vous êtes plus concentré sur le poste d'arrière depuis le match au pays de Galles ?
Non. Moi, je cherche à être performant, peu importe le numéro que le sélectionneur me met dans le dos. Je veux rendre une copie propre, à l'aile ou à l'arrière. J'ai été éduqué comme ça à Toulouse, je m'appuie là-dessus et depuis quelques années, ça fonctionne pas mal pour moi. C'est un schéma match-évaluation-constat. Il y a eu une sélection, j'ai la chance de jouer, je vais être évalué, il y aura un constat à la fin du match, bien ou pas bien, et une remise en question. Et de nouveau une préparation pour un second match.
Avez-vous autant de certitudes à l'arrière qu'à l'aile ?
Je pars avec de la concentration. Je ne peux pas me permettre non plus de me dire que quand je joue à l'aile, je suis sûr. A l'arrière, j'ai besoin de communiquer beaucoup plus pour éviter de me faire avoir. Je suis sûr que si on arrive bien à communiquer, on va prendre de l'avance sur l'adversaire. Et les ailiers vont me soulager, je vais soulager les ailiers, et nous les trois du fond on pourra soulager l'équipe. L'équipe va prendre la pression, et dès que j'en ai l'occasion, il faut que j'inverse la pression, en jouant dans le camp adverse.
Qu'avez-vous pensé de votre match contre le pays de Galles ?
J'ai pensé qu'il fallait faire plus. Je ne suis jamais satisfait. Je sais apprécier quand ça se passe bien, mais avant je faisais plus de l'autoflagéllation. je commence maintenant à voir le bon côté. Et contre les Gallois, il y avait du bon et du moins bon.
Vous ressentez une pression supplémentaire de débuter à l'arrière ?
Je ne veux pas la subir. C'est tout ce que je me répète depuis ce matin, ne pas subir l'événement. Il faut le dominer, prendre du plaisir, et savourer la chance que j'ai. Parce que c'est une chance. Et j'essaie de revenir à la base, voir comment le match peut se dérouler, se mettre des schémas en tête, voir Hernandez me monter des chandelles, voir le déplacement, toutes les combinaisons, ce que je dois faire.
Ce match contre l'Argnetine ressemble fort au match piège. Vous en avez conscience ?
Ah oui, c'est un beau match piège, compliqué. Eux ils n'ont pas la pression. Si ils perdent, ils auront une autre possibilité face à l'Irlande. Nous, imaginez-vous une seule seconde si on perd. Nous on va mal le vivre, vous allez nous tomber dessus, et on va se mettre une pression terrible. Parce que si on perd celui-là, on a plus d'autres chances, et la voie pour aller au bout est un peu plus difficile. Il faut avoir des certitudes, mais il faut respecter son adversaire. Et il faut imaginer toutes les situations pour être parés. Mais ce scénario, ça m'effleure l'esprit, ça ne le traverse pas. Je ne me focalise pas sur l'événement.» |