Raphaël Ibanez, le talonneur et capitaine des Bleus ressent d'ores et déjà la tension à quatre jours du premier grand rendez-vous face à l'Argentine le 7 septembre au Stade de France.
L'équipe contre l'Argentine a été dévoilée. Etes-vous impatient de jouer ce match ?
Oui ! On sent dans les regards, et je ne suis pas le seul à ressentir cela, une vraie excitation. L'annonce de la composition de l'équipe a marqué un pallier classique. Naturellement, la tension est montée d'un cran. Et c'est ce qui faut !
C'est à dire ?
Tout simplement, il faut prendre la mesure de ce qui nous attend. On va jouer le match d'ouverture de la Coupe du monde, au Stade de France, sur notre territoire. On va accueillir tous les publics du rugby. Cela va donner une dimension spéciale à cette rencontre. Il faut s'en imprégner.
En tant que capitaine, allez-vous vous vous impliquer avec les 22 les huit qui ne vont pas jouer ?
L'idée, c'est de bien préparer le match, avec tous les joueurs de l'équipe. Et il n'est pas question, parce que l'on commence une compétition, d'établir une barrière entre les joueurs. Chaque annonce de composition d'équipe est un moment délicat, car il y a des déçus. Mais je suis sûr que les 8 qui n'y sont pas vont puiser une motivation supplémentaire. Et que les 22 qui ont la chance d'être sélectionnés vont se sentir responsables, ne serait-ce que par rapport à ces huit-là.
Comment allez-vous aborder ce match face aux Pumas ?
On sort de trois bons matches de préparation, ou plutôt de trois matches qui se sont bien passés (deux succès sur l'Angleterre et un face au pays de Galles). On est sur la bonne voie. J'espère que cela nous servira pour aborder le match face aux Argentins. On dit que les Argentins ont eu une préparation un peu plus chaotique, mais rien ne laisse présager qu'ils ne seront pas au top mentalement au moment où on va les affronter. D'autre part, l'attente autour du match est immense. Il y aura un environnement particulier, avec notamment la cérémonie d'ouverture. Nous avons intérêt à rester ce que l'on est: des joueurs de rugby qui vont disputer un match de 80 minutes. Alors, restons d'abord concentrés sur notre premier objectif, même si je pense qu'il n'y a pas plus compliqué et plus difficile comme première étape.
Comment allez-vous faire pour trouver l'équilibre entre la tension et la lucidité nécessaire ?
Nous disposons de quelques jours pour trouver le bon équilibre entre l'engagement que l'on devra mettre et la lucidité nécessaire dans les choix, dans les moments importants des matches. Parce que la discipline sera un élement essentiel.
On présente les Pumas comme une équipe très forte en conquête directe, et notamment en mêlée fermée. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
J'ai une très grande confiance dans mes coéquipiers pour faire en sorte que nous soyons efficaces en conquête. Les Argentins vont nous proposer leur force dans l'axe. Ce sera intéressant. Ils ont une vraie capacité à avancer dans l'axe, notamment sur les ballons portés. Ils sont magnifiques en touche, et ils ont des joueurs d'exception derrière: Pichot, Felipe Contepomi et Hernandez. C'est une formation redoutable.
Qu'est-ce qui fait leur force ?
On les respecte parce qu'ils sont redoutables dans le défi physique. Ils sont solidaires, parce qu'ils sont +potes+. Ils vivent loin de leurs bases. Cela les rend d'autant plus forts qu'ils forment une vraie communauté. C'est une équipe que l'on sent armée mentalement.
Leur amitié, leur solidarité se traduit par quoi sur le terrain ?
Sur le terrain, cela se concrétise par les efforts supplémentaires que chacun fait pour ses partenaires. Mais ce sont des choses qui nous arrivent aussi ! Nous aussi, nous avons des joueurs qui renforcent le lien. Par exemple, je suis admiratif d'un joueur comme Serge Betsen, qui donne beaucoup depuis le début de la préparation pour soutenir et encourager les jeunes. Et même les joueurs qui sont ses concurrents en troisième ligne. C'est l'exemple ! Lors du match au pays de Galles, il a établi un record mondial, avec 30 plaquages ! Je lui ai dit qu'il était notre quatrième ligne. Il symbolise cet esprit de sacrifice. Nous aussi nous avons des joueurs capables de rameuter et de renforcer la cohésion. |