Bernard Laporte et Jo Maso ont communiqué la composition de l'équipe de France pour affronter la Namibie dimanche à Toulouse. Après la défaite humiliante contre l'Argentine (12-17), le staff tricolore a procédé à douze changements, en se privant surtout du capitaine Raphaël Ibañez. Le message est clair : le groupe est ouvert, et certains ont perdu gros vendredi soir. Entre contradictions et langue de bois, les deux hommes ont pourtant juré le contraire.
Ibanez sur le banc
On attendait quelques changements, il y a eu une grande lessive. Seuls trois des quinze titulaires lors du match d'ouverture (Heymans, Traille et De Villiers) débuteront à Toulouse, et malgré le discours de circonstance pour épargner les absents, il semble évident que certains sont punis. La principale surprise est la non sélection du capitaine Raphaël Ibañez, qui est relégué sur le banc. Un capitaine qui ne mène pas ses troupes lors d'un match aussi important est un événement rarissime, qui pose question. Le Dacquois a-t-il été sacrifié ? Surtout pas selon les deux têtes pensantes du staff : il faut faire tourner, et puis le talonneur aurait besoin de repos : Maso s'emporte : «Il faut arrêter de penser ça. On a un match dans cinq jours, un autre match à gagner cinq jours après. On a toujours dit qu'on gagnerait à trente. Ce n'est pas le procès d'Ibanez qu'il faut faire.» Laporte renchérit : «Si on était déçus de Raphaël, il ne serait même pas dans les 22. Il n'en aurait pas été question une seconde. Et puis il n'a pas 25 ans, il y a des composantes physiologiques à prendre en compte.» Pas très convaincant, il faut en convenir. C'est donc Jean-Baptiste Elissalde qui sera le capitaine face aux Namibiens. Logique, comme le confirme l'entraîneur : «Il a déjà été capitaine avec nous et puis quand on regarde la composition de l'équipe, c'est logique, de par son poste, son expérience. Et puis on est à Toulouse. Il aura la fierté (comme sept autres pensionnaires du Stade Toulousain au coup d'envoi, NDLR) de briller devant son public.»
Thion, Dominici, Betsen en tribunes
D'autres leaders ne seront même pas sur le banc, comme Dominici ou Betsen, alors que Thion et surtout Martin ont perdu des points contre les Pumas. Lorsque Laporte déclare : «Sept avants sur huit ont su canaliser cet événement », on comprend que le Parisien est clairement visé, et on s'éloigne alors des beaux discours, ceux qui jurent que les vaincus de vendredi ne sont pas exclus. Les explications ne manquent d'ailleurs pas de contradictions : «il n'y a pas de sanctions. Nous on s'est dit les vérités. On a dit qu'on était passés à côté. On voulait surtout montrer aux autres qu'ils sont au même niveau dans nos têtes et qu'ils doivent jouer. A leur place, je n'aurais pas compris que ceux qui avaient attaqué le premier match et n'avaient pas été bons continuent à jouer. Sanction, je n'utiliserai pas ce mot, on n'est pas à l'école, on n'a pas à sanctionner. Nos joueurs on les aime et on les accompagne. Mais on leur a dit qu'ils n'avaient pas été bons.»
Une stratégie risquée ?
Douze changements au nom du turnover, pour montrer une fois de plus que le XV de France gagnera à trente, le message est un peu gros, et personne n'est vraiment dupe. Le staff a sans doute voulu provoquer une réaction dans son groupe, et a voulu surtout frapper un grand coup. Laporte soutient encore le contraire, quitte à se répéter, comme pour mieux se convaincre : «Ce n'est pas un électrochoc : on a dit depuis le début qu'on avait un groupe de trente joueurs performants. On a manqué notre match, on a été mauvais. Ceux qui n'ont pas joué n'ont pas à trinquer du mauvais match, et ils n'auraient pas compris de ne pas intégrer l'équipe. Cela n'aurait pas été logique. On ne peut pas leur dire pendant deux mois : vous êtes bons et puis à la première défaite, non vous ne jouez pas. On a confiance en les trente, on le montre avec cette composition» Cette composition d'équipe va encore beaucoup faire parler, et on ne comprend plus très bien la stratégie du XV de France. Par exemple, Cédric Heymans a, lui, sauvé sa place, et reste même «en concurrence avec Poitrenaud pour le poste d'arrière.» C'est pourtant à l'aile qu'il sera aligné. D'ailleurs le sélectionneur tricolore termine par une phrase lourde de sens : «l'inconscient est quand même touché par la défaite.» On retiendra finalement cette maxime de Jo Maso : «A un moment donné, les mots, c'est bien, mais l'action, c'est mieux.» On verra donc sur le terrain dimanche, avec encore une pression immense.
La composition de l'équipe de France :
Poitrenaud - Clerc, Marty, Traille, Heymans - (o) Michalak, (m) Elissalde (cap.) - Dusautoir, Bonnaire, Nyanga - Nallet, Chabal - De Villiers, Szarzewski, Poux.
Remplaçants : Ibanez, Mas, Pelous, Harinordoquy, Beauxis, Jauzion, Rougerie. |