Après l'humiliante défaite lors du match d'ouverture de la Coupe du monde contre l'Argentine (12-17), les Bleus doivent maintenant se relever et réagir, afin d'accrocher encore l'objectif des quarts de finale. Après une nuit que l'on devine courte, ils se sont déjà remis au boulot, en cherchant les raisons de l'échec. Jo Maso, Bernard Laporte et Fabien Pelous sont revenus sur ce match, et retiennent d'abord la thèse de l'accident, en estimant que la France, si elle est passée à côté de son match, n'a pas été dominée par son adversaire.
Après une séance vidéo probablement douloureuse, le constat est clair pour Bernard Laporte : «On a été très fébriles, on a eu du mal à tenir le ballon, on a fait beaucoup de fautes. Il n'y a pas grand chose dans ce match. On n'a pas su mettre notre jeu en place. Eux ont été meilleurs dans les duels, et ils ont dominé leur sujet derrière, notamment dans l'axe 9-10-13.»
Faillites individuelles
Il n'empêche qu'il semble encore très difficile pour le staff tricolore de trouver les mots, de comprendre ce qui s'est passé. «Il n'y a rien de rationnel. C'est peut-être la pression. On ne sentait pas forcément de la fragilité avant le match. On a peut-être fait un complexe vis-à-vis des Pichot, des Hernandez dont on nous parle à longueur d'année.» L'entraîneur des Bleus pointe surtout du bout des lèvres les faillites individuelles, quitte à rompre avec le credo «le groupe d'abord» : « La pression a peut-être été plus difficile à des postes stratégiques où il faut commander le jeu. Aux postes où il aurait fallu de la lucidité, on en a peut-être manqué. Derrière on a été fragiles par rapport aux avants» Satisfait de son pack, qui a pris l'ascendant sur son adversaire, Laporte juge en fait que ce sont surtout les trois quarts qui n'ont pas su répondre aux défis argentins. Une opinion légitime, mais qui peut être dangereuse alors qu'il semble plus intéressant de décréter l'union sacrée.
Au fur et à mesure de l'interview, alors qu'il refait la rencontre, le staff persiste dans sa thèse de l'accident, rabaissant le jeu argentin. Maso démarre: «ils n'ont rien proposé, mais rien du tout. Ils sont juste malins pour brouiller les cartes. Quand on regarde le match, on a jamais eu la tête sous l'eau. on a des moments, forts, plus qu'eux. C'est plus nous qui les avons mis en difficulté». Franchement, ce ne fut pas flagrant, et il va quand même falloir se remettre en question. Son entraîneur insiste pourtant: «Ce n'est que la fébrilité de notre part. On leur donne des points. Contre un adversaire qui ne propose rien, il ne faut surtout pas lui donner les points. Et nous on a fait trop de fautes. C'est nous qui nous mettons tout seul dans la difficulté.»
Un jeu en contre
Certes, mais les Argentins sont quand même largement responsables du non match des Français, dont l'absence de réaction, notamment en première période, reste inquiétante. Les Argentins ont effectivement joué en contre, s'appuyant sur une énorme défense et une agressivité de tous les instants, mais eux au moins avaient une stratégie payante, et ils s'y sont tenus. Il est peut-être risqué de nier l'évidence, même si c'est pour protéger l'équipe. Le but maintenant, « c'est d'accompagner les joueurs, pour les remettre dans le droit chemin, leur redonner confiance. On est pas devenus mauvais au rugby comme ça, ça n'existe pas. Le jouet est brisé, mais pas cassé. Les grandes équipes, les grands joueurs savent se reconsituer. »
Pelous: «On est frustrés...
Fabien Pelous, lui, a repris son rôle de capitaine, même si les gallons sont encore portés par Rapahël Ibanez. Le deuxième ligne toulousain défend d'abord l'équipe, et refuse de désigner les coupables: «Moi je ne considère pas que c'est une partie de l'équipe qui a failli, on avait gagné les matches à 22 lors de la préparation, là aussi on l'a tous perdu. C'est une faillite collective. Ils étaient venus pour défendre, on a pas su se dépêtrer de ce jeu, et les empêcher de nous ralentir les ballons. On est frustrés d'avoir perdu un match contre une équipe qui n'a rien proposé. Mais le rien, elle le fait bien. Il ne manquait pas grand chose, et ils n'étaient pas franchement dangereux.»
Au-delà de la défaite, le plus vexant est finalement peut-être de n'avoir pas été dignes de l'événement, de l'attention populaire, de cette attente extraordinaire. Pelous résume le sentiment général : «Cet événement a gonflé, a gonflé et puis paf, par notre faute il n'y a pas eu d'événement. on a pas été à la hauteur.» Reste maintenant à tourner la page et à se tourner vers le prochain match, dimanche contre la Namibie. Et cette fois-ci les Bleus n'ont plus le droit à l'erreur. Pelous le sait et promet : «On ne va pas lâcher. Il reste trois matches à jouer, et si on les gagne tous avec le point de bonus, on sera qualifiés quoi qu'il arrive. On a encore notre destin entre les mains. Et on est résolus à pas lâcher. Il faut arrêter les calculs. C'est la loi du sport. Parfois on prend des claques, mais il faut quand même se relever, et on va se relever.» |