A une semaine du match d'ouverture, l'équipe de France entame la dernière ligne droite avant sa Coupe du monde. Et après deux mois d'une préparation parfaite, argumentée de trois matches amicaux rondement menés, l'ambiance est visiblement en train de changer à Marcoussis. La tension monte, quoi qu'en dise le staff tricolore, et on sent la nervosité poindre à l'approche de la compétition, à l'image des réactions assez froides de Bernard Laporte. L'entraîneur des Bleus a expédié les affaires courantes, vendredi, ne se montrant loquace que sur un sujet... politique.
Après deux jours de repos en famille, les 30 sélectionnés pour la Coupe du monde ont regagné leur centre d'entraînement mercredi soir. Et ils se sont remis très vite au travail, avec deux entraînements par jour. Conséquence, les impératifs médiatiques et l'ouverture sur le reste du monde passent au second plan. Initiallement prévu à 11h45, le point presse du vendredi a eu lieu à 12h30, l'entraînement matinal ayant été allongé pour peaufiner le travail en mêlée fermée. Et il s'est déroulé sans le capitaine Raphaël Ibanez, d'abord annoncé, mais qui a séché la corvée pour aller se reposer. Bernard Laporte ne semblait pas non plus très motivé à l'idée de répondre aux journalistes, par ailleurs de plus en plus nombreux. L'entraîneur des Bleus a par exemple répondu sèchement et on ne peut plus brièvement à certaines questions. Lorsqu'on lui demandeaussi si le match à Cardiff (victoire 34-7 face au pays de Galles, dimanche dernier) lui a apporté de nouveaux enseignements ou des confirmations, sa réponse est concise, limite cinglante : «oui». Même réponse lapidaire quand on veut savoir à quels postes il y a des interrogations : «Tous».
Et les autres signes de nervosité (ou de lassitude ?) sont nombreux. La composition de l'équipe contre l'Argentine ? «Je n'ai pas envie d'en parler». A propos des derniers entraînements, pour savoir s'ils peuvent encore changer la donne pour le XV de départ vendredi : «Bien sûr qu'ils servent à quelque chose, c'est évident». Dernier exemple, parmi d'autres, concernant la supposée mauvaise passe des Argentins : «Est-ce que vous croyez qu'on pense qu'Hernandez est devenu nul ? Peut-on le penser une seconde ? Ils n'endorment personne, et surtout pas nous.» Un ange passe...
L'entraîneur national s'est tout de même félicité une nouvelle fois de la qualité du travail effectué pendant deux mois : «Tout se passe bien, les joueurs sont toujours aussi concentrés, on s'entraîne bien, il y a du respect entre eux. Tout le monde est dans le coup». C'est l'essentiel. Pour le reste, le staff tricolore continue d'adopter le fameux dicton «pour vivre heureux, vivons cachés». Laporte, une nouvelle fois : «Ici on est entre nous, il n'y a personne, et c'est une bonne chose. La pression sera au rendez-vous, mais elle doit être une pression positive. Et il ne faut la vivre qu'entre nous. On sent que la pression monte crescendo. Mais on verra au moment de la compétition».
Seul sujet digne d'intérêt finalement, la différence de préparation et surtout de statut entre les équipes. Laporte regrette en fait que certaines équipes soient capables de préparer un tel événement pendant toute une saison. Dans son viseur, les pays anglo-saxons, qui fonctionnent au rythme de la sélection. Les joueurs sont sous contrat avec leur fédération, et sont ainsi à sa disposition. Ce qui permet de dégager des plages de préparation nettement plus longues, à l'image de l'Irlande ou de la Nouvelle-Zélande. Son constat est clair, et sans doute légitime : «Tôt ou tard, on ne pourra plus accepter que des nations aient leurs joueurs à disposition pendant sept mois et d'autres pendant onze semaines. Je trouve ça illogique». Voilà enfin un peu d'enthousiasme, et pour le coup, on se demandait parfois si ce n'était pas le ministre des sports qui parlait. En attendant de changer de métier, Bernard Laporte doit mener les siens au titre mondial. Et peu importe la méthode qu'il choisit. |