Cette semaine, Frédéric Michalak gambade sans souci. Mais il y a encore trois jours, l'ouvreur du XV de France était au repos, victime d'une élongation. Si ce type de traumatisme témoigne du dépassement de soi pour les amateurs, il est plus simplement considéré comme une blessure pour les sportifs de haut niveau. Dans la plupart des cas comme dans celui de Michalak, une semaine de repos suffit pour que tout rentre dans l'ordre. L'entraînement peut alors reprendre dans les 10 à 15 jours qui suivent. Le radiologue David Petrover qui a réalisé l'IRM du célèbre n°10 nous livre quelques explications sur ces lésions.
«David Petrover, en quoi une IRM était utile pour Frédéric Michalak ?
Le degré d'inquiétude était minime et le problème est à présent résolu. Le suivi médical des bleus reste extrêmement rigoureux et il ne s'agit pas de lâcher du leste mais de continuer à suivre rigoureusement ces joueurs pour qu'ils soient au mieux de leur forme sur le terrain. Je pense réellement que Frédéric Michalak sera à 100 % de ses possibilités le jour J et il n'y a plus aucune inquiétude à son sujet. Les entraîneurs savent qu'une simple élongation peut empêcher une participation à un match crucial et mettre en péril la carrière d'un joueur. C'est pourquoi le staff médical piloté par le Docteur Thierry Hermerel ne prend aucun risque.
Qu'est-ce concrètement qu'une élongation aux ischio-jambier ?
L'ischio-jambier regroupe trois muscles situés à la face postérieure de la cuisse. Il s'agit du semi-tendineux, du semi-membraneux et du biceps attachés près des ischions que sont les rebords osseux que l'on sent lorsqu'on palpe la fesse. Ces trois muscles s'insèrent sur le même petit centimètre osseux, participent à la flexion de la jambe et permettent la stabilité du genou dans l'axe du mouvement de jambe. En course ou en appui, l'ischio-jambier n'a donc pas de moment de répit au rugby. L'élongation qui est un étirement fibro-musculaire est finalement la lésion la plus simple et n'appelle que du repos.
«un risque incontournable»
La violence du mouvement peut aussi provoquer une désinsertion musculo-aponévrotique où quelques fibres, qui rattachent le muscle, se déchirent au niveau de l'aponévrose. Il s'agit d'un petit film de cellophane qui recouvre le muscle et qui facilite son attache. Dans l'effort, celui-ci peut céder. Cette petite déchirure peut s'accompagner d'un saignement impliquant un traitement un peu plus long. Son intensité et son niveau dans la partie haute ou moyenne du muscle détermineront le niveau et le temps de repos nécessaires pour le rétablissement. Le problème crucial reste la rupture, qui implique une intervention chirurgicale rapide.
Comment y échapper ?
Ce risque d'élongation est incontournable. Je pense que le temps et la qualité de l'entraînement et de l'échauffement doivent correspondre à l'effort attendu. Mieux vaut ne pas se lancer dans un sport trop violent sans en avoir l'habitude. La fonction de ces muscles reste essentielle. Il s'agit de donner de la puissance au mouvement. Les positions d'arrêt puis de contraction brutales sont courantes dans la pratique de nombreux sports. Le tennisman, le footballeur et le rugbyman rencontrent des difficultés musculaires finalement assez similaires. La différence est une question de masse et celle des rugbymen dépasse très largement celle des autres sportifs.»
Propos recueillis par Laurence Mauduit |