Pour son premier match en Coupe du monde, Yannick Nyanga se montre déterminé et pressé d'en découdre avec la Namibie, dimanche au Stadium de Toulouse. Le troisième ligne toulousain estime que «la force du groupe est d'être mesuré dans la victoire comme dans la défaite» et avoue une motivation sans failles.
«Yannick Nyanga, comment avez-vous vécu le match contre l'Argentine ?
J'avais un regard extérieur. C'était horrible parce que je ne pouvais rien faire. Quand on est sur le terrain, on sent quand cela va mieux ou quand cela ne passe pas. A l'extérieur, c'est difficile de juger. Tu cries et cela ne sert pas à grand-chose. J'ai beaucoup subi les choses. Aujourd'hui, j'ai la chance de ne pas les subir et de démarrer. Le traumatisme a été identique. Malgré tout, j'aurais bien aimé être sur le terrain parce que je pouvais me dire "j'ai tout donné". Etre titulaire ou être dans les 22, ce n'est pas pareil. C'est différent, mais c'est aussi important. Quand on est sur le banc, on voit le match de l'extérieur, on a un peu plus de lucidité que sur le terrain avec la pression. Remplaçant, il ne faut pas le vivre comme une déception.
Quel sentiment prédomine aujourd'hui ?
Enormément de motivation. Bien sûr, on s'est posé des questions. Mais la force de ce groupe est d'être mesuré dans la victoire comme dans la défaite. Il y a eu de très belles victoires comme celle de l'Angleterre à Marseille où c'était un match plein. On est resté mesurés dans nos propos, on a continué à bosser à l'entraînement. La contre-performance du match face à l'Argentine n'est pas dû à un manque d'implication, de valeurs, de travail. C'est une contre-performance comme cela arrive à tout sportif. Je sais que la vie n'est pas toujours rose. On est malgré tout resté soudés entre nous. Dans la victoire comme dans la défaite, on est ensemble.
Avez-vous pris la parole comme Dimitri Szarzewski ?
Je ne me suis pas exprimé officiellement. On a beaucoup échangé dans des discussions informelles autour de la table, dans la salle de réunion, chez le kiné. Tout le monde a dit ce qu'il avait à dire sans que cela déclenche de polémiques. C'est bien la preuve qu'aujourd'hui, le groupe est sain. L'ambiance dans le groupe est la même qu'avant le premier match. Cela prouve qu'il y a de bons mecs dans l'équipe. Maintenant on va prouver qu'on est de bons joueurs. On échange beaucoup dans le groupe. En termes d'aventure humaine, on vit des choses extraordinaires. Chacun est avant tout son propre capitaine. Tout le monde a droit à la parole. Tout va bien dans le groupe si ce n'est - et c'est beaucoup - qu'on a perdu ce premier match. J'espère que ce n'est qu'un incident. Cette défaite, on la met dans un coin de notre tête. On saura la ressortir quand il faut. Aujourd'hui, il y a trois matches à gagner si on veut que l'aventure soit belle.
Quel est votre état d'esprit avant d'aborder votre premier match de Coupe du monde ?
Cela représente beaucoup. On travaille pour cela, c'est quelque chose qu'on a toujours dans le coin de la tête, c'est un petit peu un rêve. A moi de faire en sorte que la fête soit belle. Fabien (Pelous) m'a toujours dit que chaque sélection pouvait être la dernière. Regardez où il en est. C'est un exemple que je veux suivre. Je vais jouer ce match comme si c'était le dernier. Il faut avoir cet état d'esprit. J'aborde ce match avec beaucoup de motivation. Je le prends comme une chance et un honneur. Il suffit de penser aux personnes qui aimeraient être à ma place aujourd'hui. Je ne suis pas quelqu'un qui se pose beaucoup de questions, si ce n'est trouver les ingrédients pour donner le meilleur de moi-même. Je ne l'aborde pas avec plus de pression que cela. Je suis dans la chambre avec Titi (Thierry Dusautoir), il me dit souvent : "Le 14 juin à l'annonce des trente, je n'y étais pas, je devais regarder ma Coupe du monde devant la télé. Je prends donc sans calculer tout ce qu'on me donne". C'est l'état d'esprit qu'il faut avoir. On peut trouver des motivations comme celle-là pour tous les joueurs. Tout le monde est dans le même état d'esprit. Il n'y a plus à calculer.
«Il ne faut pas se dire qu'on va leur mettre 100 points ou 50 points»
Quelle est votre motivation personnelle ?
Je me suis beaucoup blessé, je suis jeune, un des benjamins du groupe avec Lionel, je ne sais pas si des joueurs de mon âge ou des générations futures auront la chance de jouer une Coupe du monde en France. J'ai l'impression d'être un privilégié. A ce titre, je n'ai pas le droit de galvauder cette chance qu'on m'offre au niveau de l'envie, de l'état d'esprit. Après être bon ou gagner des matches, c'est autre chose. En tout cas, je me donnerai comme jamais je ne me suis donné.
Comment appréhendez-vous le match face à la Namibie ?
C'est une équipe qui a des valeurs de solidarité et d'envie énormes. Mais elle n'a pas la chance d'avoir les individualités que peuvent avoir les plus grandes nations. Ils ont eu un dur chemin pour arriver à cette Coupe du monde et il faut les respecter à ce titre. Au niveau de l'engagement, on sait qu'ils vont se jeter à corps perdus dans le match. A nous de répondre présent. Il faut les respecter, il ne faut pas se dire qu'on va leur mettre 100 points ou 50 points. On va jouer un match de rugby contre une équipe déterminée et qui veut prouver à chacune de ses sorties qu'elle mérite d'être en Coupe du monde. On va jouer ce match comme on joue un match de haut niveau. Si on a des points à prendre, on les prendra. Si dans les 22, il y a une relance à jouer, que ce soit contre les Blacks ou la Namibie, il faut relancer. Maintenant si la relance n'est pas bonne, on ne va pas la faire parce que c'est la Namibie. Il faut prendre tous les points le plus rapidement dans le match. Dès qu'on est à l'abri, il faudra se lancer dans un deuxième match qui sera de marquer quatre essais. Ma première année contre Toulouse, je me souviens qu'on a perdu un match contre Bayonne où on jouait tout, on en avait oublié de gagner. Cela nous avait servi de leçon à l'époque. Peu importe l'adversaire, il faut qu'on soit capable de jouer à notre niveau, tout simplement.
Comment avez-vous géré l'attente entre les matches ?
Je suis très pressé d'être à dimanche. Les journées passent très lentement. Vivement dimanche qu'on puisse repartir. C'est long. Mon dernier match, c'est l'Angleterre, cela fait un mois que je n'ai pas joué. J'ai les jambes qui me démangent. On a beaucoup de plages où on ne fait rien, on trouve donc le temps long parfois. Mais on s'est préparé mentalement. On regarde un peu les autres matches, on allait un peu sur Internet, mais cela ne marche pas trop actuellement. On joue à la PSP les avants contre les trois-quarts, au flipper. Le repas de midi, c'est la grande rigolade, le moment où on échange vraiment.» |