Sous le soleil savoyard de Val d'Isère, Cédric Heymans est décontracté. Et pour cause, à presque 29 ans (il les fêtera le 20 juillet), l'ailier gauche toulousain savoure d'être là et de pouvoir vivre sa première Coupe du monde, «la plus belle aventure sportive de ma vie», dit-il. Même son petit souci à la cuisse du début de semaine ne lui a pas fait perdre sa joie de vivre.
«Cédric Heymans, racontez-nous comment vous vous êtes blessé.
C'est simple. Mardi, lors de notre première randonnée sur les hauteurs, au lendemain de notre arrivée à Val d'Isère, on a décidé, à deux ou trois, de faire les fous en descendant tout en sprint. Manque de pot pour moi, ça a chauffé derrière le genou gauche. Je suis donc resté en soins mercredi, juste par précaution, mais j'ai repris les activités normales (balade, entraînement, musculation) dès vendredi.
Comment jugez-vous ce début de préparation ?
C'est dur car on est obligé de se vider à chaque fois. Croyez-moi, j'ai découvert des muscles dont j'ignorais l'existence il y a encore quelques jours. Mais je suis content de la manière dont ça se déroule. C'est studieux, tout le monde bosse à fond. Le niveau individuel est très relevé. Quand on fait de la rando, ce n'est pas de la simple rando. Tout de suite, ça tourne à la compétition.
On est encore loin du début de la Coupe du monde. Dans quel état d'esprit est-on dans cette période un peu particulière ?
Personnellement, je suis déjà dans l'événement. Il a même commencé quand on m'a annoncé que j'étais dans la liste des 30. Je peux vous dire que j'étais heureux. Mais il a fallu se projeter rapidement dans une configuration Coupe du monde, et donc faire des efforts à tous les étages et tout le temps. On y est. La planification est établie, c'est physique dans un premier temps, puis le rugby. Et c'est chaque chose en son temps. On se fait la « caisse » (sic) pour supporter les matches de haut niveau. C'est le passage obligé. Ça nous permettra ensuite d'être à l'aise dans le rugby.
Comment on vit l'éloignement de la famille dans ces moments-là ?
C'est dur aussi, mais je ne me plains pas. Je communique beaucoup par téléphone mais aussi par webcam avec ma femme et ma fille Alix, 3 ans. Je lui dis que papa est au travail. Je crois que je vais investir dans un nouvel ordinateur pour que ça aille encore plus vite. Le reste du temps, on est tellement fatigués que je ne fais pas grand-chose d'autre que dormir.
Vous êtes quatre ailiers pour deux places. Comment vivez-vous cette situation, et du même coup cette incertitude ?
C'est beaucoup trop tôt pour se pencher là-dessus. Le moment venu, le sélectionneur fera ses choix. S'il y a des tensions, ce sera réglé en interne. On est entre personnes suffisamment intelligentes pour que rien n'éclate en externe. C'est pareil pour le côté médiatique. Que les journalistes soient là ou pas, ça ne change rien à la vie du groupe. Il faut vivre avec, c'est la loi du sport de haut niveau. La pression des médias, il faut le gérer. Chacun vit bien le protocole, je ne vois pas où il y a un souci.
Etes-vous surpris par l'engouement que suscite déjà, à deux mois de l'événement, le XV de France ?
Je suis agréablement surpris effectivement. On croise beaucoup de gens qui nous attendent devant l'hôtel, qui nous encouragent. Je m'attendais à ce qu'il y ait moins de monde. C'est notre public, nos supporters, ce sont eux qui vont nous aider dans les moments difficiles, qui vont nous soutenir lors des passages à vide. Il est donc plus que normal de se mettre à leur disposition pour signer un autographe ou prendre une photo.
La Coupe du monde, ça représente quoi pour vous ?
Je me dis que c'est une chance inouïe d'en faire une, alors quand elle est en France, c'est tout simplement unique. Dans ces conditions, on n'a qu'un seul droit, c'est de réussir. Je pense que ce sera la plus belle aventure sportive de ma vie. En 2003, je n'y étais pas. Je ne l'avais pas mal vécu, même si au fond de moi j'espérais être sélectionné. Aujourd'hui, je veux prendre ce que je n'ai pas pu prendre en 2003.» |