Il est arrivé sourire aux lèvres, comme pour dédramatiser la nouvelle rouste reçue contre la Nouvelle-Zélande lors du premier match du groupe C (14-76), avant de livrer une analyse sans concession sur la prestation de son équipe. Pour Pierre Berbizier, l'Italie est passée à côté du sujet, et ni les deux essais, ni les quelques moments de bravoure du pack n'y changeront grand-chose. Plus loquace sur l'équipe de France que sur le match du 29 septembre devant l'Ecosse, Berbizier donne rendez-vous à ses joueurs mercredi, toujours à Marseille, contre la Roumanie.
«Pierre Berbizier, quelle est votre première impression sur cette rencontre ?
Il m'est difficile de faire un commentaire sur le match, car il n'y a pas eu de match. On a surtout vu la différence entre une belle équipe All Black, qui a su rentrer dans la compétition, et une petite Italie qui découvre ce niveau-là.
Vous n'avez pas l'impression qu'en deuxième période, votre équipe a quand même pris un peu plus le jeu en main, étant même à deux doigts d'inscrire trois essais ?
Je ne sais pas si on a été dans la partie à un moment. Nous sommes passés à côté, nous nous sommes trompés tous ensemble. On voulait s'évaluer, c'était un plaisir d'affronter cette équipe, mais nous n'avons pas créé les conditions de ce plaisir, nous avons créé les conditions pour que cette belle équipe néo-zélandaise s'exprime. Elle a régalé le public et a su être à la hauteur de ce qu'on attend d'une grande équipe. Je l'en félicite.
Votre équipe avait-elle peur pendant le premier quart d'heure ?
C'est sans doute l'horaire inhabituel de la partie qui nous a empêchés de bien débuter. Plus sérieusement, nous ne sommes pas rentrés dans le match, et les Blacks ont su nous sortir de la partie en insistant sur nos points faibles et en concrétisant rapidement. C'est la marque des grandes équipes que de pouvoir tuer les matches comme ça. On a laissé partir la machine néo-zélandaise, on a été punis. C'est logique qu'elle ait déroulé son jeu.
Y avait-il, quelque part, chez vous, une volonté de laisser filer le match avant d'enchaîner avec votre calendrier difficile ?
Non, il n'a jamais été dans nos intentions, dans les miennes en particulier, de lâcher ce match. Quand on joue la Coupe du monde et qu'on rencontre la Nouvelle-Zélande, on ne lâche pas. L'Italie ne laissera aucun match, nous cherchons à avoir le meilleur niveau possible à chaque fois, c'est comme ça qu'on s'est construit et qu'on a grandi. C'est un arrêt, mais ça permettra peut-être de repartir.
Est-ce un avertissement avant le match-clef du 29 septembre contre l'Ecosse ?
On verra déjà ce que nous ferons lors du prochain match contre la Roumanie. J'attends une réaction, j'ai confiance en mes joueurs pour qu'on voie la vraie Italie. C'est une leçon. On a droit à une faute, mais pas deux. Il faut mieux jouer.
S'il fallait lister trois choses qui n'ont pas marché samedi...
Notre manque de force mentale, c'est le principal enseignement. C'est ma faute. Si nous abordons mieux la prochaine partie mentalement, les solutions viendront sur le terrain. Nous respecterons les bases du jeu.
Etait-ce surtout une grande Nouvelle-Zélande ou une petite Italie ?
Les deux, le score est normal.
Faut-il craindre que le fossé soit désormais creusé entre le Nord et le Sud ?
Attendez, c'est seulement le début de la compétition. Ce qui est certain, c'est qu'il y a un fossé entre la Nouvelle-Zélande et l'Italie, je ne sais pas s'il y a le même écart entre Nord et Sud. Wait and see. J'espère, pour l'intérêt de la compétition, voir à l'avenir des équipes plus compétitives.
Comment avez-vous réagi à la défaite de l'équie de France contre l'Argentine, vendredi (12-17) ?
Je crois qu' elle est préjudiciable à plusieurs niveaux. Bien évidemment pour l'équipe de France, qui se devait de lancer sa compétition sur d'autres bases. Je pense particulièrement aux joueurs, qui doivent être malheureux. J'ai une pensée pour eux et j'espère qu'ils sauront réagir. Quant à l'enthousiasme et l'intérêt qu'avait suscité cette Coupe du monde en France, j'espère que ça n'aura pas cassé le ressort, que les Français sauront fédérer leur public,redonner un intérêt national à la compétition. Elle est vraiment ouverte. Il faut aussi féliciter l'Argentine, qui est trop souvent considérée comme une petite équipe. Pour moi, c'est une grande équipe. Les joueurs ont eu le caractère pour s'imposer dans un contexte très difficile.» |