Cette ''petite'' finale contre l'Argentine revêt un grand nombre de symboles pour le XV de France. De la revanche du match d'ouverture au sentiment d'injustice des joueurs absents en passant par la volonté de se lâcher dans le jeu, les Bleus veulent terminer sur une bonne note, vendredi à 21 heures au Parc des Princes.
«Un match qui se gagnera aux tripes»
Lors du match d'ouverture, le XV de France avait perdu (12-17) contre l'Argentine avant même d'entrer sur la pelouse. Lors du match de clôture, les Français n'ont plus rien à perdre en foulant celle du Parc des Princes, vendredi soir (21h00), face aux Pumas. Ils ont laissé leur rêve sur le billot anglais, ils jouent pour une troisième place plus honorifique que significative malgré le classement mondial. Mais comme des bêtes blessées, les Bleus ne veulent pas baisser le rideau de leurs illusions sans lutter et sans montrer un autre visage. De leur côté, la "garra" (la hargne), les Argentins l'ont dans le sang. Jouer avec le coeur, la solidarité et la fierté forment le moteur de cette équipe, fatiguée et remodelée en première ligne en raison des forfaits de Martin Scelzo et Mario Ledesma. En fin de parcours, au-delà de la fraîcheur physique, le mental sera la donnée essentielle. Qui aura le plus envie ?
Et les raisons de la motivation des Bleus se situent à tous les étages. «On a besoin de ce match pour voir ce qu'on a dans le ventre. On peut trouver beaucoup de critères de motivation : l'adversaire, le contexte, le stade, tous ces éléments qui comptent dans la préparation», avertit Raphaël Ibañez. Pour la "charrette" des huit absents de la poule finale, le besoin de prouver qu'ils avaient leur place, concentre leur attention. Pour les anciens, Raphaël Ibañez, Christophe Dominici ou Pieter de Villiers, l'envie de finir sur une bonne note efface (un tout petit peu) la désillusion de n'être jamais champions du monde un jour. Pour les autres, la soif de développer du jeu, un autre jeu, fait taire tous les doutes. Et pour tout le groupe, cette défaite d'entrée reste un cauchemar à évacuer d'homme à homme face à des Argentins en majorité partenaires de club. «On joue contre une équipe qui a réussi sa Coupe du monde, c'est un match qui se gagnera aux tripes», prévient Christophe Dominici.
«On a intérêt à se lâcher pour évacuer toute la frustration»
«On a brisé le jouet», expliquait Bernard Laporte après le cuisant échec du premier match. Le jouet s'est fracassé face au XV de la Rose, mais il reste les joueurs. Si cette "petite" finale revêtait des allures de jubilé de campagne pour les Bleus en 2003, il prend une autre dimension aujourd'hui. L'orgueil est touché et la hargne est décuplée. «2003, ce n'est pas un bon souvenir, et une façon de terminer la compétition qui n'est pas à notre honneur», avoue Raphaël Ibañez. Entre partenaires de club, Christophe Dominici a choisi de faire silence radio ou plutôt la grève des SMS : «Pendant une compétition, je ne suis pas pour parler au téléphone avec les adversaires. Ils envoient peut-être des SMS, mais je ne réponds pas trop, je ne suis pas très SMS.» Et les chandelles ont même été lancées avant le match avec quelques petites piques. Felipe Contepomi s'est "ému" de «ne pas encore avoir vu le rugby champagne» des Tricolores. Clément Poitrenaud l'a renvoyé dans ses 22 : «Ils ne font que des mauls et des chandelles. Il faut qu'ils arrêtent de se foutre de la gueule du monde. (...) On règlera cela vendredi soir.» Dont acte.
Mis au supplice par le jeu au pied de Juan Martin Hernandez, dominés dans le combat au sol et submergés par la pression le 7 septembre, les Français veulent relever la tête. Les critiques de certains joueurs sur le jeu trop stéréotypé et trop étriqué, proposé par le XV de France, sonnent comme un air de revival. Et si le "fameux" french flair renaissait lors de ce dernier match... «Je crois que maintenant, on a envie d'être un peu plus ambitieux, prévient le capitaine des Bleus. On va encore affronter une équipe qui a un jeu fermé, et on aurait plutôt intérêt à ne pas trop se cantonner à ce même registre, à avoir des ambitions dans le jeu, à jouer, à se lâcher, pour évacuer toute la frustration que l'on vit depuis quelques jours.»
Composition des équipes:
France: Poitrenaud - Rougerie, Marty, Skrela, Dominici - (o) Michalak, (m) Elissalde - Dusautoir, Harinordoquy, Nyanga - Thion, Nallet - De Villiers, Ibanez (cap.), Poux.
Remplaçants: Bruno, Mas, Chabal, Martin, Mignoni, Beauxis, Clerc.
Argentine: Corleto - Aramburu, M. Contepomi, F. Contepomi, Agulla - (o) Hernandez, (m) Pichot (cap.) - J. Fernandez-Lobbe, Longo, Durand - Albacete, Alvarez Kairelis - Hasan, Vernet Basualdo, Roncero.
Remplaçants:: Guinazu, Ayerza, Lozada, Leguizamon, Fernandez Miranda, Todeschini, Senillosa. |